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Le Canada dérobé de ses gros canons aux Championnats d’athlétisme Ultimate

6 hours ago 1

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Les meilleurs athlètes du monde ont un nouveau rendez-vous à inscrire à leur calendrier : les Championnats du monde Ultimate, organisés pour la première fois cette année par la fédération internationale d’athlétisme. Les Canadiennes Camryn Rogers et Sarah Mitton, respectivement championne olympique du lancer du marteau et vice-championne du monde du lancer du poids, ne sont toutefois pas convoquées.

Ce n’est pourtant pas parce qu’elles ne connaissent pas une bonne saison, au contraire. Rogers est la seule femme à avoir lancé le marteau au-delà de 80 mètres cette année – exploit qu’elle a réussi à trois reprises. Son jet de 81,13 m enregistré au Texas, en avril, est la deuxième performance de l’histoire. Mitton, de son côté, est classée 3e au monde en 2026, et elle a récemment triomphé à la Diamond League de Paris.

Les deux répondent donc sans contredit à l’unique critère exigé, soit faire partie de l'élite de leur spécialité. Les meilleurs athlètes au classement de la fédération sont invités, de même que les champions olympiques, les champions du monde et les champions en titre de la Diamond League.

Toutefois, pour créer un événement sur trois jours seulement, alors que les Championnats du monde traditionnels se déroulent sur une semaine, la fédération a pris la décision d’élaguer le programme en éliminant le lancer du marteau féminin et le lancer du poids. Le steeplechase et le triple saut masculin brillent aussi par leur absence.

Ce championnat assume pleinement son format ''conçu pour la télévision'', sollicitant les diffuseurs d'une façon novatrice et servant d'incubateur pour des innovations durables dans l'athlétisme, a indiqué World Athletics à Radio-Canada Sports par courriel. Même si cette première édition n'inclut ni le lancer du marteau féminin ni le lancer du poids, la porte demeure ouverte à d'autres disciplines pour les éditions futures, et une réévaluation aura lieu avant l'organisation de la deuxième édition.

Exclure des épreuves fondamentales sans explication claire est difficile à comprendre et crée une vraie disparité, surtout qu’il y a des bourses en jeu, déplore néanmoins la Néo-Écossaise Sarah Mitton. C'est frustrant, mais il faut faire entendre notre voix pour un changement positif dans les prochaines éditions.

Elle lance un poids aux mondiaux.

Sarah Mitton avait remporté la médaille d'argent aux mondiaux de Budapest, en 2023

Photo : Getty Images / Julian Finney

Les médaillés recevront 150 000 $, 80 000 $ et 40 000 $, selon leur position sur le podium. En comparaison, les bourses pour une 1re place en finale de la Diamond League n’excèdent pas 60 000 $.

La pilule est encore plus difficile à avaler dans le camp de Camryn Rogers, considérant que le lancer du marteau profite encore moins de tribunes internationales, ne faisait pas partie de la Diamond League.

En 2023, c'est à Budapest que Camryn a remporté ses premiers Championnats du monde, rappelle son entraîneur, Mohamad Saatara. Les Hongrois avaient été d'excellents hôtes et avaient tout fait pour que les lanceurs de marteau se sentent bien accueillis. Nous étions ravis à l'annonce de ce nouveau championnat. Alors, quand la liste officielle des épreuves a été publiée, ce fut un choc. C'était d'autant plus décevant que l'événement a lieu en Hongrie, où le marteau est une discipline très populaire.

Le volet masculin sera présenté, avec en vedette le hongrois Bence Halász, qui rivalisera avec le Canadien Ethan Katzberg pour l'or.

Pourtant, c'est une épreuve en pleine expansion, ajoute Mohamad Saatara, qui cumule 30 ans d'expérience dans les rangs universitaires. Actuellement, presque toutes les 10 meilleures lanceuses de tous les temps sont actives et en compétition, à l'exception d'une seule, qui a pris sa retraite. Ça aurait été une formidable occasion de mettre la discipline en valeur.

Au niveau NCAA, il y a énormément d'engouement. Le problème survient au moment de passer au niveau international senior. Sans opportunités financières ni perspectives d'avenir, les athlètes finissent par se tourner vers autre chose. Quand la discipline devient un déficit financier plutôt qu'un métier viable, il est très difficile de continuer.

Sarah Mitton estime que la décision de World Athletics s’inscrit dans une tendance observée ces dernières années.

Récemment, il y a une séparation de plus en plus marquée entre la course et les concours. Le Grand Slam Track de Michael Johnson se concentrait exclusivement sur la course. Athlos a commencé avec la course avant d'ajouter le saut en longueur, mais aucun lancer. Le Grand Slam Track et Athlos sont des entités privées indépendantes, mais World Athletics est l'organisme directeur de l'ensemble de notre sport. C’est difficile à justifier.

La fédération veut donner un certain rythme à sa compétition, c’est une bonne idée. Mais il y a une façon de le faire sans faire de la discrimination, juge l’analyste Nils Oliveto, ancien lanceur de marteau. Si on veut donner l'appellation ‘‘Championnat du monde’’ à un événement, on ne peut pas trier comme ça quelle épreuve mérite d’y être.

J'ai regardé l'horaire : c'est sur trois jours avec des finales directes, et les épreuves commencent à 18 h. Qu'on ne vienne pas me faire croire qu'il est impossible de commencer à 15 h ou à 16 h, en fin d'après-midi, pour ajouter deux épreuves de pelouse… Ce sont des athlètes professionnels dont c'est le métier, et on les empêche de travailler et de gagner leur vie parce qu'on a décrété que le saut à la perche serait au programme, mais pas une autre épreuve, déplore-t-il.

On pourrait aussi réduire le nombre d'athlètes ou éliminer les demi-finales sur certaines courses. Pourquoi le 16e mondial au 100 m aurait-il le droit d'être invité et d'avoir la chance d’empocher de l'argent, mais pas le 1er mondial dans une autre épreuve?

C’est décevant, ça donne l’impression que notre épreuve n’est pas appréciée à sa pleine valeur, résume Richard Parkinson, l’entraîneur de Sarah Mitton.

Si la fédération internationale décide de maintenir un programme allégé, il espère à tout le moins voir une rotation des épreuves en vedette pour les prochaines éditions. La prochaine édition aura lieu dans deux ans, venant combler le vide après les Jeux olympiques de Los Angeles. J'espère que World Athletics fera alterner les épreuves, conclut-il.

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