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Tour de France : les contrôles antidopage nocturnes, mesure nécessaire pour le cyclisme

1 week ago 8

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Le cyclisme demeure profondément marqué par son histoire avec le dopage. Afin de préserver l'intégrité de leur sport, l'Union cycliste internationale (UCI) et l'International Testing Agency (ITA), l'organisme indépendant responsable du programme antidopage du cyclisme, ont progressivement renforcé leurs méthodes de contrôle.

Cette volonté de ne laisser aucune zone grise a mené, dans la nuit du 18 au 19 juillet, aux contrôles antidopage de Tadej Pogacar et de Jonas Vingegaard, respectivement vers 5 h et 2 h, avant le départ de la 15e étape du Tour de France.

Quelques heures plus tard, Vingegaard a chuté dans une descente et s'est fracturé une clavicule. Il a dû abandonner.

Ces contrôles nocturnes ont rapidement suscité des réactions dans le peloton. Plusieurs se sont demandé si une interruption du sommeil, à l'aube de la troisième semaine de la plus exigeante course cycliste du monde et avant l'entrée des coureurs dans les Alpes françaises, avait pu nuire à leur récupération et à leur concentration.

Les tests inopinés ne sont pourtant pas une nouveauté à la Grande Boucle. Par exemple, en tant que porteur du maillot jaune, Pogacar a notamment dû se soumettre à un contrôle après chacune des 12 étapes où il a conservé la tête du classement général, en plus de pouvoir être sélectionné pour d'autres contrôles aléatoires.

Deux cyclistes, l'un portant le maillot jaune et l'autre, le maillot à pois, discutent.

Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard se sont partagé les cinq derniers titres du Tour de France.

Photo : AFP / Jeff Pachoud

Les contrôles effectués en pleine nuit sont toutefois d'une tout autre nature.

En France, le Code du sport prévoit que les contrôles antidopage sont normalement réalisés entre 6 h et 23 h. Une exception permet néanmoins des prélèvements entre 23 h et 6 h, à condition qu'ils soient autorisés par un juge des libertés et de la détention. Celui-ci doit conclure à l'existence de soupçons graves et concordants d'une violation des règles antidopage, ainsi qu'à un risque de disparition de preuves.

Le parquet de Paris a confirmé lundi à l'AFP qu'un juge avait effectivement autorisé les contrôles effectués sur Pogacar et Vingegaard dans la nuit précédant la 15e étape. Il s'agissait de la première application, au Tour de France, des dispositions introduites dans le droit français en 2015 permettant la tenue de contrôles antidopage nocturnes.

Ces mesures peuvent néanmoins paraître particulièrement intrusives pour des athlètes dont la récupération constitue l'un des principaux facteurs de performance. Pourquoi l'UCI et l'ITA jugent-elles malgré tout nécessaire d'y recourir?

Des contrôles nécessaires pour préserver l’intégrité du cyclisme

Un passionné de cyclisme, vêtu d'une veste sur laquelle on peut lire « Arrêtez de vous doper», photographie les coureurs à leur passage.

Bien que le cyclisme ne soit pas le seul sport à avoir été profondément touché par le dopage, il demeure celui où le phénomène a été le plus médiatisé.

Photo : AFP / MARCO BERTORELLO

L’objectif des contrôles nocturnes est notamment de détecter l’utilisation de microdoses de substances interdites à très courte demi-vie. Certaines substances peuvent disparaître de l’organisme en quelques heures seulement, un prélèvement effectué au lever du jour ou après l’étape risquerait alors de ne plus en révéler la présence.

Ces interventions permettent également d’éviter que les athlètes adaptent leurs éventuels protocoles de dopage aux horaires habituels des contrôles, explique Jean-François Naud, professeur associé à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

L’ITA veut montrer qu’elle adapte ses méthodes et qu’elle est capable d’attraper les athlètes qui tenteraient de contourner les contrôles. Si on teste toujours les athlètes entre 6 h et 8 h du matin ou après la compétition, ils finiront par adapter leurs protocoles de dopage à ces horaires.

Dans le cas de Pogacar et de Vingegaard, le fait que l’ITA a obtenu l’autorisation d’un juge laisse croire, selon les deux spécialistes interrogés, que les autorités disposaient d’informations suffisamment crédibles pour justifier une intervention aussi exceptionnelle.

L’ITA et l’UCI ne sont pas des organismes dénués de bon sens. On ne va pas contrôler un athlète en pleine nuit pour le plaisir, affirme David Pavot, professeur de droit international à l’Université de Sherbrooke et ancien membre du groupe consultatif d’experts en recherche antidopage de l’Agence mondiale antidopage (AMA), en entrevue avec Radio-Canada.

La seule hypothèse que je vois, c’est qu’il y a eu un renseignement, probablement d’origine humaine. Ils ont peut-être obtenu l’information qu’une prise de substance devait avoir lieu à un moment précis, selon un protocole précis.

Jean-François Naud avance une hypothèse semblable.

J’aurais aussi tendance à penser qu’il s’agit d’une délation ou d’informations transmises de bouche à oreille. Mais il fallait que ce soit suffisamment solide pour convaincre un juge. Cela dit, on est complètement dans le noir. Ce contrôle était vraiment surprenant.

L'ITA et l'UCI n'ont pas expliqué quels éléments avaient été présentés au juge ni ce qui avait motivé cette demande exceptionnelle, qui demeure la principale question sans réponse dans cette affaire. Rien ne permet donc de connaître ni la nature des renseignements ayant conduit à ces contrôles ni de confirmer les hypothèses avancées par les deux spécialistes.

Les résultats des prélèvements effectués sur Pogacar et Vingegaard ne devraient vraisemblablement pas être connus avant la fin du Tour. Lors des grandes compétitions, les échantillons sont généralement analysés en priorité.

Un résultat négatif peut être confirmé en 7 à 10 jours, alors qu’un résultat potentiellement positif nécessite des analyses supplémentaires et peut demander plusieurs semaines.

Les contrôles se sont poursuivis lundi

Plusieurs équipes, dont celles des vedettes de Red Bull-Bora-hansgrohe, Remco Evenepoel, et de Decathlon AG2R La Mondiale, Paul Seixas, ont été soumises à des prélèvements entre 6 h et 23 h, soit durant la plage horaire habituelle prévue par la réglementation, avant la 16e étape disputée mardi.

Les coureurs dénoncent des contrôles jugés trop intrusifs

Il s'apprête à s'adresser aux médias.

Le coureur belge Remco Evenepoel a qualifié les contrôles nocturnes d'« inhumains ».

Photo : AFP / LOIC VENANCE

Si les spécialistes estiment que ces contrôles peuvent être justifiés dans certaines circonstances, plusieurs coureurs jugent néanmoins que leur caractère intrusif soulève des questions.

Les Cyclistes professionnels associés (CPA), le syndicat reconnu par l'UCI, ont dénoncé lundi le recours à ces contrôles nocturnes dans un communiqué.

Les coureurs sont les premiers à vouloir un sport propre, pouvait-on lire. Cependant, des contrôles nocturnes soulèvent des questions quant à leur pertinence. Une lutte efficace contre le dopage est indispensable. Une lutte intelligente contre le dopage l'est tout autant.

Plusieurs figures du peloton sont également venues à la défense de Jonas Vingegaard, dont le Belge Remco Evenepoel, qui a qualifié ces contrôles d'inhumains.

Le Canadien Nickolas Zukowsky, qui a participé à plusieurs grands tours, comprend lui aussi la volonté des autorités de protéger l'intégrité du cyclisme, mais estime que le moment choisi est difficile à justifier.

Il y a encore cette perception du cyclisme en raison de son historique avec le dopage. [...] Là, on l'a vu : les organismes essaient fort de montrer qu'ils sont sur le coup, affirme-t-il en entrevue avec Radio-Canada Sports.

Mais de là à le faire à 2 h ou à 5 h du matin, c'est quand même assez intense. Plus le Tour avance, plus la fatigue se fait ressentir. Le sommeil est l'un des éléments les plus importants pour être frais au départ de chaque étape, dit le coureur professionnel de Pinarello-Q36.5.

Même Pogacar, réveillé à 5 h de la 15e étape, s'est montré favorable au principe de ces contrôles. Si c'est ce que nous devons faire pour prouver que nous sommes propres, alors faisons-le, a-t-il déclaré.

Ses propos illustrent le paradoxe qui émane du cyclisme. Les coureurs reconnaissent la nécessité de prouver que leur sport a tourné la page sur les scandales de dopage. Plusieurs souhaitent toutefois que cette lutte tienne davantage compte des exigences de récupération imposées par une épreuve comme le Tour de France.

Le débat dépasse ainsi le seul cas de Jonas Vingegaard. Il soulève une question plus large : jusqu'où les autorités antidopage peuvent-elles aller pour protéger l'intégrité de la compétition sans compromettre les conditions dans lesquelles les athlètes performent?

Avec les informations de Agence France-Presse

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